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La Cense Monfort, un des derniers témoins de l’activité agricole de l’ancien village d’Ans.

Cette vaste ferme en carré fut agrandie et remaniée aux 18ème et 19ème siècles.

La première mention de l’existence d’une propriété à l’emplacement de la ferme date de 1423. Il s’agit d’un acte de partage entre les enfants de Jean Chabot, brasseur, par lequel un desdits enfants hérite d’une rente annuelle de 5 muids,1 stier (1) d’épeautre gagée sur la «Maison Monfoir» devant Bolsée.

 On sait qu’à l’époque celle-ci comprenait une cour, une maison, un jardin d’une superficie de 16 verges grandes et 10 petites (soit 71,92 ares).

Le bien joignait d’une part aux terres du château-ferme de Bolsée et, d’autre part, à celles de l’abbaye du Val Saint-Lambert. La «Maison de Monfoir» était occupée à l’époque par Henri Rivage; elle passa ensuite dans les mains de William Stiennelet puis dans celles de Gilbert le Maréchal d’Alleur.
Ce dernier y fit construire des bâtiments de ferme en rapport avec la superficie des terres qu’il apportait.

En 1513, la propriété représentait 102 bonniers, 5 verges grandes et 10 petites (soit 8916,33 ares)

En 1535, le bien est cédé à l’abbaye du Val St Lambert.

En 1568, les troupes du Prince d’Orange incendient la ferme.  Cet épisode se déroule dans le cadre des guerres de religion qui opposent Guillaume d’Orange, prince protestant, aux Espagnols, catholiques, qui se trouvaient à Liège.  N’osant livrer à Liège une bataille à l’issue incertaine, les mercenaires se replient dans la banlieue et incendient, outre la ferme Monfort, l’Eglise St Martin. 

Les travaux de réparation s’élèveront à 1898 florins.

 

Au 16e siècle, alors que la Cense est tenue par le mayeur du village, Gérard d’Ans, des améliorations importantes sont apportées à l’habitation, notamment en 1636-1637, sous l’abbatiat de Michel de Taxillis.

Les armoiries de l’abbé, sculptées dans la clé de voûte de la porte d’entrée située à front de la chaussée, en attestent.

Ces armoiries étaient sculptées également sur la cheminée monumentale de la pièce à rue du premier étage, vraisemblablement réservée à l’époque à l’usage du couvent.  Malheureusement cette cheminée a été échangée par un des derniers fermiers ayant occupé la Cense contre des travaux de pavement et se trouve actuellement au domicile d’un particulier.  Au 17e siècle, des aménagements sont encore menés par l’abbé Louis Lerond (1613-1689) qui fit placer ses armoiries au dessus de la porte d’entrée donnant accès de la cour au vestibule conduisant à la cuisine (à gauche, lorsqu’on pénètre dans la cour par la Grande Route).

 Après cette date, la propriété ne paraît plus avoir été modifiée.

 Après la Révolution française, la ferme fut vendue comme bien national.  L’expertise donna comme superficie totale 108 bonniers soit 9415,44 ares.

 Par acte du 6 ventose an V (24 février 1797), elle fut adjugée pour la somme de 69515 livres, 12 sous à des religieux lesquels la cédèrent à Jean-François Bodson, propriétaire à Liège.

A l’exception de quelque 93 ares vendus à Wery Melchior Jamar d’Ans, Bodson céda la ferme et les terres à Jean-Charle Henri de Bellefroid de Liège. En 1828, la Cense passe dans les mains de la famille Delvaux par suite du mariage de la fille de Jean-Charles Henri de Bellefroid avec le docteur Jean Charles Philippe Joseph Delvaux.

 Au XXe siècle, les derniers exploitants appartenaient à la famille Leduc. 

En 1992 déjà, ils émirent le souhait de vendre le bien.  Un promoteur se présenta avec pour ambition la démolition de l’immeuble et son remplacement par un complexe commercial, idée qui suscita de vives réactions de la part des habitants du quartier.

Différents autres projets virent le jour desquels émergea l’idée de transformer la Cense en logis sociaux, bureaux et bibliothèque dans le strict respect des vestiges du passé.  C’est dans cette optique qu’elle fut rachetée, en 2000, par la Commune d’Ans laquelle la céda à la Société de logement du Plateau qui fut chargée de la gestion des travaux.

   

Locataires de la Cense depuis sa constitution par l’abbaye de Val Saint-Lambert

Henrotteaux Hotteaux d’Avroy                                        1538-1545

Johan Stiennelet d’Alleur                                                            1546-1555

Donnea de Montfort                                                          1556-1581

Johan Stiennelet d’Alleur et Donnea de Montfort       1582-1593

Gérard d’Ans                                                                      1594-1641

La Veuve de Gérard d’Ans et Raes, son fils                 1642-1648

Raes d’Ans, seigneur de Velroux                                   1649-1657

Herman Stevart                                                                  1658-1675

Gérard d’Ans, fils de Raes                                               1676-1696

Les enfants de Gérard d’Ans                                           1697-1712

Le bailli Raick                                                                     1713-1723

La famille Bawin                                                                1724-1776

Nicolas Pacques                                                                1746-1794

 

(Extrait de L. de Jaer, La cense dite de Montfort à Ans)

 Le prix de la location des terres était de 26 stiers d’épeautre, le bonnier, tandis que la ferme, maison, jardins, cortil et cortiseau, enclos et appendices entre haies payaient le double, soit 52 stiers.

 

 (1) Le muid était une ancienne mesure de capacité notamment pour les grains qui variait suivant les régions et les marchandises à mesurer. Le muid de grain était divisé en 12 stiers

Un modèle de Ferme en carré

 La Cense Monfort est la ferme à cour carrée -,comme on en rencontre dans de nombreux villages de la Hesbaye liégeoise-, présentant des bâtiments jointifs sur les quatre côtés d’un quadrilatère, autour d’une cour intérieure.

 Les deux avantages de ces censes wallonnes en carré étaient bien évidemment, d’une part, les grandes dimensions des bâtiments pour les exploitations céréalières étendues, d’autre part, l’aspect « fermé » assurant la sécurité surtout au XVIè siècle, lorsque la Hesbaye constituait un des champs de bataille de l’Europe où Français, Espagnols, Autrichiens venaient régler leurs conflits.

 Ajoutons ici la commodité du travail et la surveillance facilitée mais n’oublions pas que, revers de la médaille, les incendies pouvaient se répandre aisément à la ferme tout entière.

 Aux 16ème et 17ème siècles troublés, succède un 18ème siècle plus calme et plus prospère dans les campagnes.  Les fermes abandonnent leur rôle défensif, au profit de celui, exclusif, d’exploitation agricole.

 Les profondes mutations du 19ème siècle marqueront les bâtiments agricoles.  Dans la 2ème moitié du 19ème siècle, la mécanisation progressive de l’agriculture nécessitera la construction de nouveaux hangars et amènera la disparition des écuries.  Les étables seront modernisées.

  Les matériaux utilisés


Il s’agit essentiellement de la brique. Au XIXème siècle, elle vient des briqueteries implantées en bordure du sillon mosan et dans la périphérie de Liège. Mais la brique est aussi fabriquée à la demande, par des équipes volantes qui vont de chantier en chantier dans les campagnes.

 Les briques hesbignonnes sont composées d’un mélange d’argile et de limpn souvent prélevé sur le terrain même de la construction.

La pierre bleue des carrières mosanes est présente dans les encadrements de baie ou les soubassements.

Bibliographie

Ad. Moors-Schoefs, Histoire et histoires,  Service des Affaires culturelles de la Commune d’Ans, 1994

 Ad. Moors-Schoefs, Ans d’Autrefois 1830-1950.Ans-Alleur-Loncin-Xhendremael, Service des Affaires culturelles de la Commune d’Ans, 1996

Arlette Lafosse, Dominique Legru, Jean-Louis Maquet, Richard Quarré, Colette Robert, Histoire de la Commune d’Ans, Alleur-Ans-Loncin-Xendemael, Etienne Riga1981

Hesbaye liégeoise, Coll. Architecture rurale de Wallonie, Pierre Mardaga, 1986

L. de Jaer, La Cense dite de Montfort à Ans,

 


Adresse principale : Rue de l'Yser 200, ANS (Ans)
 

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