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Georges Simenon

Racines ansoises

simenonLe 4 septembre 1989, Georges Simenon, le père du célèbre commissaire Maigret, nous quittait pour toujours.

Chacun sait qu'il est né à Liège, rue Léopold, qu'il a vécu son enfance et son adolescence en Outremeuse, que son œuvre puissante est profondément imprégnée de réminiscences liégeoises, qu'il est parti pour Paris et de là, dans le monde entier, pour se fixer définitivement en Suisse.

Mais, ce que l'on sait moins, c'est que des ancêtres de ce fécond écrivain sont originaires de l'entité ansoise, c'est-à-dire de Xhendremael et d'Alleur et qu'ils y ont séjourné durant de nombreuses années.

Faisons un peu de généalogie

Vers 1800, sous le régime français, Mathieu Moors venant de Vlijtingen, près de Riemst en Limbourg, prend gîte à Xhendremael, route d'Othée à Alleur (actuelle rue de Fêchereux) , à la ferme Laphaye, près de la Basse-Lamé et douze ans plus tard, il épouse la fille de la fermière, Marie-Catherine Laphaye, de l0 ans sa cadette et qui lui donnera l0 enfants.

Parmi ceux-ci, Guillaume Moors, né en 1823 à Xhendremael, contracte mariage en 1848 avec Marie-Louise Leblanc de la rue de Hombroux et élit, dès lors, domicile dans ce quartier du vieil Alleur (la maison est toujours debout, c'est le n°31).

Deux enfants vont naître de cette union, dont une fille Catherine Moors, prénommée comme sa grand-mère de Xhendremael, dont elle était la filleule.

Comment le sémillant Chrétien Simenon, originaire lui aussi de Vlijtingen, a-t-il rencontré la jeune et jolie lingère Marie-Catherine? Nous l'ignorons.

Toujours est-il qu'ils s'unissent à Alleur, le l0 juillet 1869 et lorsque en décembre 1874, ils quitteront le chemin de Hombroux pour Liège, 4 de leurs l0 enfants ont déjà vu le jour à Alleur.

La petite dernière des quatre, Marie Jeanne Louise Simenon, vient de naître en novembre 1874, elle prendra le voile en septembre 1900 dans l'ordre des Ursulines à Ans, sous le nom de sœur Marie-Madeleine. Elle sera institutrice, rue du Président Wilson, n°5, à Ans. A son décès, le 23.06.l965, elle était devenue Mère Marie-Madeleine. Elle est inhumée au cimetière de la rue de l'Egalité, dans l'enclos des Religieuses Ursulines.

Le 6ème enfant, né à Liège en 1877, se prénomme Désiré. C'est le père de Georges Simenon.

Dans son livre "Pedigree", qui est un roman autobiographique, Georges Simenon fait revivre tous ces personnages sous d'autres noms.

Guillaume Moors (1823-1909), c'est le "vieux papa" de Xhendremael qui a suivi sa fille et son beau-fils à la Chapellerie Simenon-Moors au n°58 de la rue Puits-en-Sock, à Liège, qui porte, sous sa peau, les stigmates bleus de son ancien métier de houilleur et dont le grand âge a affaibli la vue, au point qu'elle est devenue presque nulle.

Chrétien Simenon (1841-1927), c'est Chrétien Mamelin de "Pedigree", fumeur de pipes à la grosse moustache, chapelier très connu et apprécié‚ qui, pour parfaire son artisanat, se procurer des pailles fines et vendre sa marchandise, a parcouru les grandes capitales d'Europe : Paris, Londres, Vienne, Rome; débrouillard, intelligent, ardent au travail, doux et honnête dans ses relations avec autrui, mais, plein de sens pratique pour mener à bien un commerce florissant.

Marie-Catherine Moors (1850-1905), c'est la Marie Demoulin du roman, la vaillante mère de famille nombreuse, attentive pour les siens, gardant perpétuellement, dans son garde-manger, un en-cas pour ses enfants qui, à l'improviste, lui rendent visite, d'aspect un peu sévère, certes, et pas toujours tendre pour ses brus, mais, avec quelque chose de triste dans le regard, par suite, sans doute, de la mort prématurée de quelques-uns de ses enfants.

Marie Jeanne Louise Simenon (1874-1965), c'est la tante Ursuline que Georges "embrasse en se heurtant aux bords empesés de sa cornette" lorsqu'il monte à Ans, avec ses parents. Il l'aimait beaucoup et lui envoyait des fleurs tous les ans.

Désiré Simenon (1877-1921), c'est le grand Désiré Mamelin du livre, le père chéri de Georges, l'intellectuel de la famille, élancé et aristocratique, au front romantique et à la calvitie naissante, fils prévenant et père attentionné, garde civique, aimant le whist, comptable consciencieux dans une société d'assurances, mort malheureusement à la fleur de l'âge, chez son employeur même, en plein travail derrière son guichet, emporté par une angine de poitrine dont il souffrait depuis un certain temps déjà.

Pouvons-nous imaginer que les divers séjours en nos communes, Xhendremael, Alleur et Ans, de parents de Georges Simenon ont influencé l'oeuvre de cet extraordinaire romancier.

Oui, sans aucun doute!

Des analystes et des psychologues se sont penchés sur sa production littéraire.
Ils ont scruté le caractère des personnages de ses nombreux romans. Ils en ont conclu que les racines familiales de l'écrivain l'ont implicitement dominé, qu'il a fait revivre dans ses récits, des types biens précis de sa parenté tant paternelle que maternelle, qu'il a imaginé des situations telles, qu'au sein même de sa famille, il les avait vécues ou en avait eu des échos au travers des relations qu'en firent ses proches. Bref, que son étude des mœurs, des comportements, son analyse des sentiments et des passions reflètent bien souvent des situations réelles qu'il lui avait été donné de connaître.

Ne prétend-on pas que le profil du Maigret des premiers romans correspond à celui du "Vieux Papa" de Xhendremael, une silhouette un peu lourde, massive, trapue, aux grosses mains posées sur les bras d'un fauteuil, tandis que le comportement moral du fameux commissaire rappellerait le caractère de son grand-père et de son père : bon sens, intuition, intelligence, compréhension des êtres et de leurs réactions, sans jamais se permettre de condamner. Je pourrais donner d'autres exemples encore.

Que, dès lors, notre commune ait sa petite part dans l'inspiration qui a permis à Georges Simenon de créer à un rythme aussi soutenu, un nombre de livres aussi considérable, nous devons y croire et répondre par l'affirmative.

Et c'est très bien ainsi.

A. MOORS-SCHOEFS,
de Xhendremael.

Pour l'étude très approfondie de mon propos, voir le livre de M. Mathieu RUTTEN "Simenon, ses origines, sa vie, son œuvre" édité par Eugène Wahle à Nandrin.

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